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28.05.2008
Libres réactions d'une amie: mai 68 à mai 2008
A :"Michèle Weil-Bergougnoux"
date :28/05/08 10:03
objet : blog
Bonjour Michèle…
Je viens enfin de prendre le temps de lire ton blog. Je n'avais pas de
commentaire particulier à faire sur les rappels des avancées des
femmes (ou des retards), encore moins sur ce qui concerne plus
particulièrement ta région. J'aurais bien des réserves à faire sur les
enseignants face aux suppressions de postes, mais je pourrais être
injuste et on pourrait à juste titre me faire observer que je ne
connais pas bien la question ; serais-je désobligeante ? sans doute,
si je disais que certains ne sont pas assez payés et reconnus pour ce
qu'ils font, autorisant ainsi ceux qui sont trop payés pour en faire
le moins possible, à brailler dans leur ombre (ce qui est hélas vrai
aussi pour les chercheurs au CNRS, rentiers à vie pour certains !) ;
je connais au moins un cas d'enseignant certifié, payé pour faire un
demi-service, les 9 heures restantes servant à bétonner un travail de
syndicat qui consiste surtout à empêcher qu'on touche aux privilèges !
Il n'y a vraiment que l'Etat pour être aussi bonne fille !
Bien votre association Brassens. Il y a longtemps que nous écoutons ça
en famille : mon frère P. en était fan déjà quand il était
séminariste dans les années 60, et il a fait un tour de chant au
casino de ST. Céré à ces dates-là.
J'en ai plus qu'assez de la célébration de mai 68. C'était tout sauf
un mouvement venu du peuple, certes les ouvriers s'y sont ralliés -
tardivement- pour en tirer des bénéfices matériels, mais les étudiants
étaient des fils de bourgeois qui crachaient dans la soupe à laquelle
à peine commencions-nous à goûter, nous qui osions enfin sortir de nos
campagnes pour entrer à l'université. En 68, quoique jeune prof
agrégée, je n'avais pas oublié mon émerveillement quand j'avais pu
faire des études en fac : je ne m'y étais jamais ennuyée et les
"mandarins" m'avaient appris gratuitement bien des choses, même si les
cours n'étaient pas tous également éveilleurs d'esprit.
Complaisamment dans les journaux, les anciens acteurs s'autocélèbrent
quelle qu'ait été leur évolution, on leur demande quel a été leur
avenir, pas leur passé de non-prolétaire ! Je me souviens avoir laissé
les gosses à la maison et accompagné JP pour repasser une épreuve de
l'agrèg, j'étais scandalisée qu'on veuille empêcher les gens de passer
les concours (seul moyen pour nous, de famille modeste, de "parvenir",
tu le sais bien), et j'étais prête à faire le coup de poing. J'ai
retrouvé plus tard, préparant l'agrèg interne, un de nos collègues de
St. Céré, d'origine modeste lui, qui s'était bêtement laissé endormir
par les oukases contre "la culture bourgeoise" proférés par ceux qui
en avaient eu les bénéfices.
La liberté des mœurs ? La fin des carcans de la morale ? Intéressant,
mais je suis effarée par les dérives, et pour parfaire mon portrait de
réactionnaire je dirai que je n'aime pas du tout mon époque vulgaire,
hédoniste et individualiste à outrance avec des postures de solidarité
qui ne font qu'ajouter à l'amour de soi, sans parler des repentances
et autres excuses qui consistent à battre sa coulpe sur la poitrine de
nos ancêtres dans une méconnaissance totale de l'histoire et un
emballement scandalisé surjoué ! .
Les femmes ? Elles continuent d'avorter (le pourcentage ne baisse
pas), il y a des bébés dans les congélateurs. Je ne juge pas, je
trouve ça désespérant et je me dis que des formules comme "mon ventre
est à moi" sont la négation d'une des places de la femme et d'une
réflexion sur la beauté de la vie.
Les femmes ? elles continuent d'être battues dans tous les milieux,
pourtant quelques-uns de ces mecs ont l'âge d'avoir été élevés par des
soixante-huitardes ! Et parfois tuées simplement parce qu'elles ont
voulu interrompre une relation, conjugale ou extra-conjugale
qu'importe : un mec ne supporte pas d'être largué !
Les femmes ? elles continuent à être les pires ennemies des femmes :
autour de moi le phénomène se reproduit constamment : la trentenaire
qui est "arrivée" peut enfin songer à la stabilité affective ...et se
cherche le quinquagénaire évidemment ravi de lâcher la "vieille".
Les femmes ? quand elles disparaissent on ne se fatigue pas longtemps
à les chercher (voir le témoignage scandalisé du père d'I. Laville,
victime de Fourniret, sur le "dossier classé" au bout d'un mois par le
procureur d'Auxerre, juridiction où ont aussi été négligées les
victimes d'Emile Louis). Il y a eu aussi les pauvres jeunes
militaires, disparus de Mourmelon, et classés comme "déserteurs",
avant que les faits prouvent le rôle de Chanal.
Et que dire des pédophiles et autres amateurs de chair fraîche ! Et
des gosses qui autrefois se bornaient à jouer en cachette à "touche-
pipi" et qui à présent miment les films pornos(et finalement même ne
prime time il y a des scènes de coucherie explicites, quoiqu'inutiles
au scénario) et se photographient en train de baiser (?) la sœur du
copain ! Et que dire ici des airs scandalisés des adultes, car,
paradoxalement, en même temps que les revues féminines dites
convenables vont commencer à programmer les accessoires indispensables
à un été coquin, à dispenser les conseils pour gérer un adultère (si,
si, c'est vrai), bref en même temps que le sexe est dit libre, beau
joyeux, permissif, on s'offusque.
Comme on s'offusque de plaisanteries sur les juifs, les noirs, les
arabes (on ne pourrait plus tourner Rabbi Jacob ). Longtemps on a
brocardé surtout le pape et l'Eglise, heureusement maintenant il y en
a pour les imans, mais ça ne se passe pas aussi bien !
Bonne journée Michèle. Je sais que, comme d'habitude, tu seras pleine
d'idées et d'élans ; je m'en réjouis pour toi.
Je t'espère en bonne santé.
Je t'embrasse affectueusement
(TL)
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Commentaires
pas mal !
Ecrit par : ginette | 28.05.2008


