08.07.2008

A l'Ecole des Femmes

Ceci n'est pas un discours "féministe", mais la rêverie d'une femme après 50 ans de carrière.
A l'Ecole des Femmes


Mon petit discours lors de mon pot de départ en retraite, à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, dont j'ai été la présidente de 1998 à 2003.


Lorsqu'un homme qui a réussi sa carrière reçoit une décoration ou prend sa retraite, il a toujours la générosité de remercier sa femme dévouée "sans qui il n'aurait jamais pu etc.". Je l'ai même entendu comme vous, chers amis, dans la bouche de qqs présidents d'université... Récemment, l'épouse d'un proviseur décoré de l'ordre du mérite me confiait qu'elle avait renoncé à sa propre carrière pour favoriser celle de son mari, pour s'occuper de la maison et des enfants. Et c'est vrai : la plupart des hommes ont besoin de LEUR femme pour réussir leur carrière et le reconnaissent volontiers ! Y compris notre président de la République...

Et pour nous, les femmes ? C'est beaucoup plus compliqué, pour celles de ma génération en tout cas. J'ai dû me débrouiller seule le plus souvent. Mais non, à y réfléchir, je n'ai pu réussir ma carrière que grâce à des femmes et à des hommes comme vous tous ici présents. Et je veux vous en remercier ici, de tout mon cœur.
Vous les femmes au travail qui donnez l'exemple, qui avez compris que votre réussite professionnelle était bien plus que gagner de l'argent pour la famille, mais un modèle entraînant vos filles ou petites-filles ou amies, vers leur liberté, condition d'un vrai bonheur.
Merci à vous aussi, les hommes intelligents qui avez accepté de jouer les règles de ce tout nouveau jeu : l'égalité réelle femmes-hommes ! Tous les présents ont compris, parfois avec un gros effort, parfois du bout du cœur, que leur propre bonheur passe désormais par la liberté et l'épanouissement professionnel, entre autres, de leur femme. Certains ici peinent un peu, mais enfin ils ont fortement contribué à deux élections de présidentes d'université, sans perdre leur bonne humeur.

C'est une longue marche. Nous sommes à mi-chemin. Je veux souligner quelques moments forts d'une carrière d'un demi-siècle, pour dire ce que nous devons à l'Ecole de la République, de la maternelle à l'Université. Pas de liberté donc pas de bonheur pour les femmes si elles ne peuvent pas aller au bout de leurs études et de leur légitime ambition professionnelle.
--------------------
Quand j'arrive sur cette planète, en France, ma mère n'a pas le droit de vote, ni ses 2 sœurs, ni sa mère, ni aucune femme française. Ni bien sûr le droit d'être élue. Il leur faut attendre 1944...

Dans la génération de ma mère, les jeunes filles ont le droit de faire de courtes études, mais dans toutes les familles pauvres ou modestes, comme l'était la mienne, c'est le garçon qui fait les études longues ; toutes les économies de la famille y passent : les filles, même excellentes élèves comme ma mère, Suzanne, et ma tante, Juliette, s'arrêtent au brevet et doivent aller travailler, pour rapporter leur gain au père de famille, puis à leur mari, qui en disposent.

Je dois à l'Ecole de la République d'avoir été boursière et à mes parents d'avoir respecté les conseils de mes professeurs. Mais j'étais formée-formatée à la soumission normale d'une femme de l'époque. Longue marche...

A 25 ans, sortie de l'ENS Sèvres-Ulm, professeur agrégée des lettres, mère d'une petite fille, je suis encore obligée d'avoir le consentement de mon mari pour ouvrir mon compte en banque (et aux prénom et nom de mon mari !) et disposer de mon salaire.
Le pire, tellement mon esprit était formaté par ma société : je ne trouvais pas cela anormal ! Nous ne pouvions même pas en vouloir à nos père ou mari, car femmes et hommes étions tous formatés de même. Quoique... quand je dis "ma société", je me trompe, car elle était, elle est toujours gouvernée par des hommes.

De même, jeune professeur au lycée de jeunes filles de Montauban, je mets un tailleur-pantalon aux premiers froids de décembre : la directrice me convoque et me donne l'ordre de remettre des jupes! Bien formatée, je me soumets et reviens en jupes. C'était juste avant 68... Maintenant que j'y repense, j'ai honte d'être restée soumise et inconsciente si longtemps, jusqu'à l'âge de 35 ans...
Pendant 3 ans, je n'ose pas m'inscrire en thèse de doctorat, pour ne pas vexer mon mari, professeur de collège. Finalement, il m'y encourage, et j'enseigne à l'université en 1969.

A 35 ans, alors que j'enseigne à l''université, mon mari est toujours légalement chef de famille : il a seul le droit de rédiger et signer notre déclaration d'impôts ; certes la loi nous dit un jour que je peux juste co-signer si ça m'amuse, mais femme je n'y suis pas obligée, c'est sans valeur juridique ! comme toutes les femmes, j'étais encore traitée comme une mineure ! Les hommes avaient toujours l'autorité sur les biens et sur les enfants.

Nous avons eu la chance d'être fonctionnaires, les concours donnant aux femmes le même salaire à mérite égal. Mais pour celles qui travaillaient dans le privé, il leur faut attendre bien plus : Loi 1972 «à travail égal, salaire égal». Et loi Roudy 1983 : égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.
Mais en réalité ce n'est toujours pas acquis, loin de là.

L'Ecole, enseignants et personnels, a ouvert la voie pour cette égalité, intellectuelle, professionnelle, humaine. Et la longue marche continue. Merci à vous tous, femmes et hommes, qui m'avez élue directrice d'UFR, doyenne de faculté, puis présidente de votre université, la 1e dans le Sud de la France ! Merci et bravo d'avoir RÉélu une femme présidente ! Et bravo l'Université de Montpellier qui est la seule ville de France à avoir trois femmes présidentes. Seule ville en France, avec en plus une femme-maire venue ... de l'université de médecine. C'est une vraie révolution.
La 1e femme présidente ou doyenne d'université (Brest) fut Alice Saunier en 1968. Longue marche... En 1998 quand j'ai été élue, nous étions 5% (comme en Chine) : dix ans après, en France? 10%...


L'Ecole est LA VOIE des femmes. Nécessaires études pour toutes, aux racines de toute une société.

Encore faut-il en sortir et aller agir ailleurs si l'on veut vraiment un jour parvenir à une réelle égalité et changer cette société.

J'ai eu la chance de pouvoir être élue conseillère régionale en 2004, en tant qu'ancienne présidente, grâce à la loi Jospin 1998 rendant enfin la parité obligatoire dans les scrutins de liste (dans les autres scrutins, 10 à 15% d'élues ; et 4% de femmes élues au Conseil général de l'Hérault... en 2008) . Chance parce que cette expérience politique me permet de prendre conscience des réalités de notre monde, mais chance relative car je suis déçue et même effrayée par ce que je découvre : qui occupe tous les postes de réelle décision politique, économique, financière et même spirituelle ? qui dirige notre société ? Les hommes, dans une majorité écrasante, "écrasante", c'est le mot.

Je découvre peu à peu la puissance de tous les réseaux masculins, mâles, qui dirigent la société, sans du tout critiquer leur existence, car je me réjouis de la diversité du monde, mais dont j'attends qu'ils s'ouvrent enfin aux femmes : les chefs des églises de toutes les religions, je dis bien toutes, les clubs divers, Rotary, Francs-maçons, Lions, les chefs des partis politiques de gouvernement, etc. etc. Les jeunes hommes qui montent, j'en connais ici, et quelques-uns plus âgés sont décidés à cette évolution, pour leur bonheur et le nôtre. ((Lu tout récemment dans les journaux : 1) juillet 2008, "l'église anglicane vient d'approuver par vote le principe de l'ordination des femmes évêques, après un vif débat entre conservateurs et libéraux". Et le pape se permet de "regretter" ! 2) mai 2008, "l'initiation de 5 femmes par 5 loges maçonniques déclenche un scandale", avec procès et menace de radiation à l'encontre des vénérables hommes qui ont permis ces crimes !)) .
Longue marche. Du temps se passera encore avant cette idéale égalité, avant que les femmes puissent à leur tour influer réellement sur la marche du monde. Pour qu'elles puissent enfin y faire leurs preuves, pour la 1e fois dans l'histoire de l'humanité ! Nous sommes à mi-chemin.

Donc amis femmes et hommes, encourageons nos filles, petites-filles et amies à pousser leurs études aussi loin qu'elle le peuvent et veulent ; puis favorisons leur envol en dehors du cocon que restent l'université ou l'ECOLE, — où j'ai été si heureuse ; qu'elle partent, formées et non plus formatées, armées de leurs études, à l'action sur tous les terrains, à la conquête du monde réel qui sera le leur, dur, cruel, imprévisible. Désormais les hommes savent que c'est leur propre bonheur et le bonheur de tous qui est en jeu.

Et maintenant, buvons frais et festoyons tous ensemble !

03.06.2008

menace de fermeture du la cantine au Lycée Paul Valéry de Sète

En tant que Sétoise et socialiste, je suis touchée et désolée de la menace de fermeture du la cantine au Lycée Paul Valéry de Sète. Nos jeunes ne méritent pas cela! Quels que soient les revenus des familles, ils ont besoin d'une nourriture équilibrée, pour leur santé, leur poids, leurs études. Cela aussi c'est l'égalité des chances.

En tant que Conseillère régionale, je lis dans le Midi libre de samedi 31 mai : "le proviseur avait rencontré les conseillers régionaux de la zone qui s'étaient engagés oralement à ce que la Région verse la différence" : je souhaite donc préciser que je ne suis ni titulaire ni suppléante pour représenter la Région au Lycée Paul Va'. Je représente la Région dans tous les autres lycées de la ville, mais pas dans celui-ci. Et je ne fais pas non plus partie de la Commission Education à la Région. Je poserai des questions aux services de la Région et au Président de la Commission Education bien sûr, mais personnellement je n'ai aucun élément précis de ce dossier pour pouvoir intervenir. A suivre donc.

02.06.2008

Campus : une bonne nouvelle aussi pour Sète, MAIS

Bonne nouvelle pour Sète, MAIS :

L'acceptation du projet Campus pour l'Académie de Montpellier est aussi une chance pour notre ville de Sète! Engagement de l'Etat pour des millions d'euros ; ET le Président de Région Georges Frêche s'engage à rajouter 50 % à tout euro réellement investi par l'Etat en Languedoc-Roussillon. Cette manne profitera globalement à tous, donc aussi à l'IUT et à IFREMER à Sète. Surtout si nous passons à la "grande agglo"... Plus largement la réputation de la recherche et de l'université de notre Région va enrichir la réputation internationale de notre littoral, y attirer plus encore d'étudiants, chercheurs, entreprises et touristes ; donc favoriser emplois et reprise économique.

Toutefois, mauvaise nouvelle pour les autres : il faut dénoncer un tour de passe-passe de notre gouvernement : il faut s'inquiéter sur le devenir des 40 universités laissées pour compte, y compris TOM-DOM. Ne répondre qu'à l'urgence immobilière et au sous-équipement d'une quinzaine de campus français signifie l'abandon des autres à leur misère! Que répondra la ministre aux étudiants partout installés dans des préfabriqués, dans des amphis qui s'écroulent, dans des salles qui ne respectent plus les normes de sécurité? Qu'adviendra-t-il des sciences humaines et sociales, notre patrimoine culturel bêtement jugé "non-rentable"? La démocratisation de l'enseignement supérieur de qualité, longuement conquise en 30 ans, s'annonce ainsi en voie de disparition."